"Catherine avait pour l’infidèle, son mari et son roi, une tendresse mêlée de respect. Plus tard, au commencement de sa régence, en pleine période d’incertitude et de trouble (7 décembre 1560) elle rappelait à sa fille Élisabeth, reine d’Espagne, le temps où, disait-elle, je n’avais «aultre tryboulatyon que de n’estre asés aymaye (aimée) à mon gré du roy vostre père qui m’onoret plus que je ne mérités, mais je l’aymé tant que je avés toujours peur».
Elle avait toujours souffert du partage, et quand Henri fut devenu roi, elle en souffrit plus encore, mais pour d’autres raisons. Henri II était aimable et plein d’égards pour sa femme. A son avènement, il lui avait assigné deux cent mille francs par an et retenu à son service «trop plus de femmes qu’il n’y avoit du vivant du feu roy, que l’on dit excéder d’un tiers» 108 . Mais personne n’ignorait que Diane avait la première place dans son cœur et sa faveur."

Catherine de Médicis (1519-1589) - Jean-H. Mariéjol

"La principale intéressée, Catherine n’avait aucun doute sur la nature des rapports de son mari avec Diane. Elle dissimula la haine que lui inspirait la maîtresse en titre tant que vécut Henri II, et même après la mort du Roi elle s’abstint, par respect pour sa mémoire, de trop vives représailles. Mais elle n’oubliait pas. Veuve depuis vingt-cinq ans, elle remontrait à sa fille, la reine de Navarre, dans une lettre du 25 avril 1584, qu’elle ne devait pas caresser les maîtresses de son mari, car celui-ci pourrait croire que, si elle se montrait si indulgente, c’est qu’elle trouvait son contentement ailleurs."

Catherine de Médicis (1519-1589) - Jean-H. Mariéjol

"Ce rêve sentimental avait ses dangers. Il menaçait le mariage, qui n’a pas l’amour pour unique ou même pour principal objet, et, à vrai dire, il ne se déployait à l’aise qu’en dehors de lui. Les plus raffinés, parmi ces admirateurs de Platon, n’estimaient pas suffisamment héroïque une constance qui serait, après un temps d’épreuve, payée de retour; ils voulaient un renoncement sans espoir et un sacrifice sans récompense. Ce serait un sacrilège de ravaler à son plaisir l’être à qui l’on avait dressé un autel et un culte. Mais la nature a ses exigences et la vie ses obligations. Aussi la morale romanesque, pour concilier le besoin d’idéal et les nécessités physiques ou sociales, admettait comme légitime qu’on eût une femme et une «parfaite amye», celle-là mère des enfants et continuatrice de la race, celle-ci inspiratrice de grandes et nobles pensées."

Catherine de Médicis (1519-1589) - Jean-H. Mariéjol

"La conception de l’amour dégagé de la servitude des sens, telle que l’expose Phèdre dans le Banquet et l’interprétation que donna Marsile Ficin de la doctrine de Platon, contribuèrent, plus encore que les romans, à élever les sentiments et à épurer les passions."

Catherine de Médicis (1519-1589) - Jean-H. Mariéjol

"Elle avait très bien appris le français que d’ailleurs elle écrivit toujours en une orthographe très personnelle et elle le parlait non sans une pointe d’accent exotique, dont elle ne parvint jamais à se débarrasser. Il n’y a pas dans ses lettres une citation, une phrase latine 84 . Au lieu de l’expression courante in cauda venenum, elle emploie la forme française «en la queue gist le venyn». Ce n’est pas d’ailleurs la preuve qu’elle ignorât le latin 85 . Elle savait du grec."

Catherine de Médicis (1519-1589) - Jean-H. Mariéjol

"C’est le milieu où Catherine allait vivre. Étrangère, de médiocre origine épousée pour le secours que le Roi attendait du Pape dans ses entreprises italiennes et, depuis la mort de Clément VII, privée du prestige des espérances, sa situation était difficile. Sans doute, ces parfaits gentilshommes, François Ier et ses fils, étaient incapables de lui tenir rigueur de leurs mécomptes, mais quelques-uns de leurs conseillers n’étaient pas aussi généreux.
La première relation vénitienne où il soit question d’elle, en 1535, dit que son mariage avait mécontenté toute la France. Elle n’avait ni crédit, ni parti. Les haines religieuses et politiques ont pu seules imaginer beaucoup plus tard qu’en 1536, âgée de dix-sept ans, elle ait eu les moyens ou l’idée de faire empoisonner son beau-frère, le dauphin François, pour assurer la couronne à son mari. Le dauphin fut emporté probablement par une pleurésie, et son écuyer, Montecuculli, condamné à mort pour un crime imaginaire, n’avait de commun avec Catherine que d’être Italien."

Catherine de Médicis (1519-1589) - Jean-H. Mariéjol

"Catherine avait quatorze ans quand elle fit ses débuts à la Cour de France, où elle allait s’élever par degrés jusqu’au premier rang, duchesse d’Orléans, dauphine et enfin reine. C’était un milieu très différent de celui où elle avait vécu. Mais elle avait une expérience au-dessus de son âge."

Catherine de Médicis (1519-1589) - Jean-H. Mariéjol

"Le soir, la Reine de France, avec toutes ses dames, accompagnèrent la Duchesse jusqu’à la chambre où les deux époux—deux enfants de quatorze ans—devaient cette nuit-là dormir ensemble. Le lendemain, de grand matin, le Pape, comme s’il n’eût été sûr de la validité du mariage qu’après sa consommation, alla surprendre les mariés au lit, et les ayant trouvés de joyeuse humeur, montra plus de contentement qu’on ne lui vit jamais."

Catherine de Médicis (1519-1589) - Jean-H. Mariéjol

"Il ne s’est pas détourné de la réalité par dégoût de ses tares; il a embelli sans affadir. Michel-Ange est un génie isolé, qui, par delà les âges chrétiens, retrouve et traduit la grandeur de la vieille Rome et l’ardente poésie d’Israël. Léonard de Vinci, interprète pénétrant de l’âme et qui excelle à représenter en beauté sensible sa grâce et sa morbidesse, échappe lui aussi à l’influence du milieu et du temps. Mais la plupart des Florentins sont de leur temps et de leur pays."

Catherine de Médicis (1519-1589) - Jean-H. Mariéjol

"Il y a des preuves directes qu’elle était capable à douze et treize ans—l’âge de la passionnette—d’une émotion esthétique profonde et même durable. Huit ans après son arrivée en France, elle demandait au pape Paul III le portrait de «Donna Julia» qu’elle avait vu étant enfant dans la chambre du cardinal Hippolyte et «pour lequel elle s’était prise d’amour 51 »
C’était l’image de la femme la plus belle d’Italie, une très grande dame chère au Cardinal, qui l’avait fait peindre par le meilleur élève de Raphaël, Sébastien del Piombo. Beaucoup plus tard encore, reine-mère et toute-puissante elle offrait de payer d’un bénéfice l’Adonis «qui est si beau», probablement l’Adonis mourant de Michel Ange 52 ."

Catherine de Médicis (1519-1589) - Jean-H. Mariéjol

"Ainsi, tous les témoignages s’accordent à donner de Catherine l’idée d’une jeune fille précocement intelligente, libérale et prodigue, capable d’affection et de rancune, et qui avait à un haut degré le don de plaire. Mais ils ne disent presque rien de son éducation. Quels maîtres a-t-elle eus à Rome et à Florence, et que lui ont-ils enseigné? Que savait-elle quand elle partit pour la France? On en est le plus souvent réduit à des conjectures."

Catherine de Médicis (1519-1589) - Jean-H. Mariéjol

"Catherine, en personne sage, s’était prêtée aux volontés de son oncle, quels que fussent ses sentiments. Clément VII lui préparait une superbe compensation. François Ier n’était pas sitôt sorti d’Italie qu’il pensait à y rentrer. Il recherchait avec passion l’alliance du Pape, et, pour l’obtenir, proposait de marier son fils cadet, Henri, duc d’Orléans, à Catherine. La jeune fille était riche d’espérances: duchesse honoraire, mais qui pouvait devenir effective, d’Urbin, nièce du Pape. Aussi les prétendants étaient nombreux."

Catherine de Médicis (1519-1589) - Jean-H. Mariéjol

"Elle était loin d’être prisonnière, et pourtant, les rares fois où elle s’était approchée de la porte de sortie, elle n’avait pas trouvé le courage de la franchir. La tension dans sa tête et sa poitrine devenait insupportable, son désir et sa peur s’enroulaient l’un autour de l’autre, lui nouant l’estomac. Elle ne se sentait pas capable de sortir. Pas encore."

La Cité à la fin des temps - Greg Bear

"Beaucoup de choses sont difficiles à concevoir, mais pas impossibles. D’autres, plus nombreuses encore, sont concevables, mais pas probables. Quelques-unes seulement sont inconcevables – pour nous – et pourtant possibles."

La Cité à la fin des temps - Greg Bear

"Les nœuds de cet univers étaient défaits. La géodésique ne voulait plus rien dire, les lignes de visée pointaient des extrémités fractales, l’information était engloutie par toute une variété de singularités : effondrement, stoppage, endvols, contrecepts, plis de torsion, énigmachrons, pièges à fermions… Il grossissait trop vite pour les appareils qui le surveillaient, déchiquetant la matrice pourrissante de l’univers vieilli et générant des régions, non pas de ténèbres – celles-ci auraient été familières –, mais de désordre incohérent, d’anarchie. Il se disait que n’importe quoi pouvait arriver là-bas. Mieux encore, que tout y arrivait effectivement."

La Cité à la fin des temps - Greg Bear